C’est pas toujours drôle d’avoir raison !

mai 26th, 2010

L’accident mortel survenu en mai 2010 avec un malinois entrainé à la pratique du mordant est la démonstration que la dangerosité d’un chien n’est pas lié à sa race mais à l’usage qu’on en fait…

Nous l’avons toujours dit, la dangerosité d’un chien n’est pas liée à sa race mais à son éducation et à l’usage qu’on en fait. En mai 2010, une monitrice bénévole d’un club canin de la Société Centrale Canine en a fait la douloureuse expérience. Son malinois entrainé au mordant « sportif » a tué son jeune enfant. Bien évidemment, comme toujours, cet accident est aussi arrivé parce qu’il y a eu négligence. Et cette malheureuse regrettera toute sa vie d’avoir laissé un enfant en bas âge avec un chien sans surveillance.

Cette affaire nous rappelle les réunions qui ont précédé la création de la loi de 1999 où Monsieur de Mascureau, Directeur de la SCC nous expliquait, sans rire, que le malinois et le berger allemand ne pouvaient pas être catégorisés comme des chiens « de garde et de défense » parce qu’ils mordaient en jouant. Le jeune garçon est décédé suite à une hémorragie interne, il a été secoué par le chien comme il l’aurait fait avec une manchette utilisé pour le mordant…

Bien évidemment, de nombreux journalistes soulignent que la race de ce chien n’est pas catégorisée et se demandent s’il faut classer le berger belge malinois dans les chiens dangereux.  Ils devraient plutôt s’interroger sur le bien-fondé du principe de catégorisation par race. Les 6 derniers accidents mortels par morsure de chien mettent en cause des chiens de races non catégorisées.

Nous, professionnels de l’éducation canine, ne souhaitons pas que le malinois soit catégorisé, pas plus que le rottweiler ou l’American Staffordshire terrier d’ailleurs…. Nous souhaitons simplement que le principe de catégorisation par race soit aboli..

Un chien de race, un bâtard, un corniaud ou un grigri d’Orgeval?

janvier 21st, 2010

Les idées reçues et les a priori sont monnaie courante dans l’univers des amateurs de chiens. Il y a quelques années, dans une émission sur les animaux, je proposais aux téléspectateurs une petite rubrique intitulée « les idées reçues de Madame Violette » . Chaque semaine, Violette, une gardienne d’immeuble particulièrement péremptoire,  nous gratifiait d’une théorie fumeuse sur le comportement de tel ou tel chien : « Le dobermann est un chien qui devient méchant en vieillissant parce qu’il a le cerveau qui grandit plus vite que la boite crânienne », « le dogue allemand n’a pas d’odorat, il ne reconnaît pas son maître qui rentre chez lui la nuit »… Quel propriétaire de chien n’a pas dit ou entendu une de ces phrases qui étiquettent l’animal avant même qu’il ait eu le temps de remuer la queue ?… Certains vous jureront qu’il n’y a « pas plus gentil qu’un corniaud » d’autre vous garantirons que « les chiens de race sont souvent dégénérés » et que « les bâtards sont très intelligents ». Une de mes clientes aurait pu ouvrir, sans difficulté, une boutique de perles rares : Je l’ai trouvé merveilleuse quand elle m’a affirmé n’avoir peur d’aucun chien sauf du « rockfeller » (rotweiller).

Après ces 27 années de pratique quotidienne des chiens, je peux, moi aussi, vous révéler ma théorie. A mon avis, la règle c’est qu’il n’y a pas de règle. J’ai apprécié Graffiti (au pedigree resplendissant) Naya (bâtard de 1ère catégorie) ou Prince (100 % chien errant) et des milliers d’autres chiens domestiques aux origines les plus diverses. Pour moi, chaque chien a un nom, une identité et une expérience unique  qui les distinguent de son propre frère. Chaque cabot que je rencontre a sa personnalité.

L’intérêt principal du chiot de race par rapport à celui du bâtard (issu d’un croisement d’un chien de race et d’un autre chien) ou de corniaud  (aux origines inconnues) est que vous pouvez savoir à quoi il ressemblera lorsqu’il sera adulte. Il ressemblera physiquement à ses parents. C’est la seule certitude. C’est pourquoi si vous aimez les chiens à poils longs par exemple, vous pourrez sans vous tromper réserver un chiot pas encore né chez un éleveur de bobtail, de briard ou d’ioujnorousskaïa ovtcharka si vous arrivez à le prononcer.

Pour ce qui est de son caractère, ce n’est plus la même affaire. Il me paraît difficile, voir impossible, de déterminer le comportement futur d’un chien en observant seulement son apparence. L’idée qui voudrait qu’on puisse définir le caractère et l’intelligence d’un individu en observant la forme de son corps est dangereuse et saugrenue. Pourtant, chaque jour ou presque, je subis les fameuses questions du type «  Et le braque allemand, c’est un chien intelligent ? » pour laquelle j’ai une réponse qui tient en deux mots «  ça dépend ! » A la SPA, beaucoup d’adoptants refusent un cours d’initiation à l’éducation canine parce qu’ils ont choisi un labrador qui est « naturellement obéissant » ou « gentil avec les enfants ».

C’est pourquoi il est difficile de déterminer le comportement futur d’un chien parce qu’il est d’une race particulière sauf quand il s’agit d’un grigri . Il faut dire que son standard a été particulièrement étudié :

 

LE GRIGRI D’ORGEVAL, D’HERMERAY, DE GENNEVILLIERS OU D’AILLEURS

Chien du Onzième groupe de races

SES ORIGINES: les premières traces de ce chien ont été trouvées au Moyen-Orient il y a 14000 ans. Aujourd’hui, on trouve le Grigri en grand nombre à Gennevilliers, à Orgeval, à Hermeray ou dans d’autres refuges d’Ile de France.

LE STANDARD

Aspect général : petit, moyen ou grand, l’harmonie de ses proportions évoque la grandeur et la noblesse de son caractère*. Quand il avance, il doit présenter tous les traits caractéristiques du chien en mouvement. A l’arrêt, il en impose par son immobilisme. Tête : une seule. Mâchoire et dents : son pacifisme légendaire lui permet de ne pas toujours avoir 42 dents.

Oreilles : toutes les formes sont acceptées. Certaines oreilles de grigri peuvent suggérer le vol gracieux de la mouette rieuse.

Corps : membres antérieurs à l’avant. Membres postérieurs à l’arrière. Queue : plus ou moins longue, elle doit impérativement commencer à la fin du dos.

Robe : les femelles sont autorisées à l’avoir de toutes les couleurs, les mâles aussi d’ailleurs.

Taille : comprise entre 9 cm et 109 cm au garrot.

Poids : compris entre 0.99 Kg et 109 kg 

Caractère : vif et intelligent, le Grigri de Gennevilliers a toutes les qualités lorsque son maître est bien formé…

 Aptitudes naturelles : il est un chien de compagnie idéal à condition qu’on le prenne pour ce qu’il est et non pour ce qu’on voudrait qu’il soit.

Reproduction : uniquement par adoption.

* lorsqu’on l’observe en période crépusculaire avec le soleil dans le dos

L’éducation canine, une nécessité pour la SPA d’aujourd’hui

janvier 21st, 2010

Le Dogs Home de Gennevilliers en 1905

Texte lu en 2005, à l’occasion du centenaire du Refuge Grammont de Gennevilliers

Bonjour. Je m’appelle Alain Lambert et je suis éducateur canin. Mon activité consiste à apprendre des règles de conduite aux chiens dans la vie quotidienne. Elle m’a permis d’être le témoin depuis vingt années des rapports que peuvent entretenir des espèces aussi différentes que celles de l’homme et du chien.

Pour bien connaître cette discipline, il m’est paru indispensable de découvrir le plus grand nombre d’environnements dans lesquels peuvent évoluer les propriétaires et leurs chiens du début jusqu’à la fin. La fin, dans mon domaine, c’est la rupture du lien qui unit un maître à son chien. Il y a deux raisons principales pour que cette relation s’interrompe : la mort ou l’abandon. C’est pourquoi, après avoir exploré les différentes facettes de l’éducation canine,  j’ai ressenti le besoin depuis ces deux dernières années de proposer mes services à la Société Protectrice des Animaux (SPA). Après accord de son Président, le Docteur Serge Belais, j’ai pu travailler avec mon équipe trois demi journées par semaine dans le chenil le plus connu de France : le refuge de Gennevilliers. Nous ne nous attendions pas à une situation aussi difficile. Ce refuge n’est pas un gentil petit chenil de province, c’est une sorte de gare de triage où transitent chaque année des milliers de chiens . Plus de 40 salariés, un refuge de plusieurs centaines de places,  un va et vient incessant entre des chiens qu’on adopte et des chiens qu’on abandonne. Gennevilliers, c’est un effroyable mélange ou se croisent ce qu’il y a de mieux et ce qu’il y a de plus détestable dans l’être humain. Alors que nous aurions pu simplement nous occuper de nos gentils clients des beaux quartiers, nous avons été projetés trois fois par semaine dans une espèce de service d’urgence où rien ne se fait dans la nuance. Gennevilliers est un concentré d’émotions. Vous y trouvez le pire et le meilleur.

Le pire c’est sans aucun doute la période des grandes vacances. A Gennevilliers, l’été commence avec un défilé, celui des candidats à l’abandon. Comme chaque année à cette période, le hall d’accueil prend la forme d’une scène où se joue la comédie humaine. Une foule de déplorables artistes  font, tour à tour, leurs numéros. Lunettes noires et nez rouges, ils se ressemblent tous, ils font pitié. Chacun se doit de constater, au vu de leur mouchoir à la main et de leurs regards larmoyants, qu’ils sont accablés par la fatalité.

Pour supporter ces journées d’été, du début jusqu’à la fin, il faut avoir le cœur bien accroché. Cette succession de lâcheté, d’échecs et de renoncement peut donner à certaines âmes sensibles un dégoût plus ou moins prononcé pour l’humanité. C’est pourquoi il faut faire preuve d’une certaine expérience et d’un peu de sagesse pour « accueillir » ce genre de « clients »

Nous les reconnaissons de loin. Ils ont la démarche lourde et tiennent au bout de la laisse, d’un geste gauche, le chien dont ils veulent se débarrasser. A les voir, on pourrait croire qu’ils portent toute la misère du monde sur leurs épaules. Devant nous, il n’y a pas monsieur Dupond ou  madame Durand mais des Gavroche et des Cosette. Il n’y a pas la gérante d’une supérette mais la marchande d’allumettes. Chacun y va de son argument pour justifier son reniement. Parmi ces candidats à l’abandon, il y a deux grandes catégories, les spécialistes de la mauvaise foi et les gens de bonne volonté mais dépassés par les événements.

Fariboles et sornettes

Les premiers, des virtuoses de la sornette, sont assez faciles à reconnaître. Ce sont les  « on a tout essayé » et les « il n’y a rien à faire » qu’ils vous imposent d’entrée de jeu. Pas question pour eux de repartir avec le chien. Ils n’imaginent même pas qu’il puisse exister des solutions, le chien qu’ils ont ne pose que des problèmes.

Il y a les désespérés. « Je ne m’imaginais pas que c’était comme ça ! » constate celui-ci. « Je pensais que ça se passerait autrement » atteste celle-là « Jamais, nous n’aurions pensé que c’était si compliqué d’avoir un chien ! » affirment ces découragés dont l’image qu’ils se font de leur animal ne correspond pas à la réalité. J’ai compris en les écoutant à quel point il était important, avant de s’occuper des chiens, de s’interroger sur les raisons de notre attachement, sur le regard que nous portons sur eux et sur ce que nous pouvons en attendre. Comme dans la fable, ils nous assurent mais un peu tard, « qu’on ne les reprendrait pas de si tôt ».

Il y a les manipulés. « On ne nous avait pas prévenu ! » s’insurgent-ils « On ne savait pas que ça se passerait comme ça ! » Ce « on » c’est tout un tas de coupables : les éleveurs, les vétérinaires, les multinationales, les lobbies, les médias, les associations, les professionnels, les ministères, le gouvernement, allez savoir peut-être le Président…Ceux- là n’hésitent pas un instant à se mettre en colère et à rejeter leur responsabilité sur le reste de la société.

Il y a aussi les malchanceux. A les entendre, ils ont eu le malheur de tomber sur un chien inadapté à leurs besoins. Ils portent un regard impitoyable sur le chien qu’ils viennent abandonner et leur taillent un costume sur mesure. Il est « trop » ou « pas assez » quelque chose. Sa race est trop difficile, trop nerveuse, trop agressive. Son âge en fait un chien pas assez calme, pas assez tranquille ou pas assez affectueux. Sa taille est trop grande pour un appartement ou trop petite pour une propriété. Il venait d’un élevage où il y avait trop de ceci ou pas assez de cela. Les malchanceux sont redoutables car il n’y a pour eux aucune raison de se remettre en question. Ils regarderont avec toujours autant de plaisir Trente Millions d’Amis à la télé et n’hésiteront pas à reprendre un autre chien dès que l’occasion se présentera. Fervents adeptes de la consommation, ils changent de chien comme on change de pantalon.

Il y a les déficients. En prenant un chien, « ils avaient… » mais « ils n’ont plus… » Ils n’ont plus une minute à eux, ils n’ont plus les moyens financiers, ils n’ont plus la place. Certains sont séparés, et celle ou celui qui voulait le chien est parti avec les meubles mais sans le toutou !

Les déficients nous amènent à nous interroger sur les choix que nous faisons dans notre vie, ce que nous faisons de notre temps, de notre argent et la façon dont nous gérons notre espace.

Certains n’hésitent pas après de tels arguments à saupoudrer une petite touche de recommandation et de bons sentiments. «  Il lui faut un maître qui a du temps » ajoutent-ils parfois avec une dernière caresse en guise de ponctuation « Avec nous il n’est pas heureux »

Ces as de la faribole, ces princes de l’irresponsabilité ne présentent à nos yeux qu’une petite qualité, celle d’avoir eu le courage d’affronter notre regard désapprobateur. Il aurait été plus facile pour eux d’attacher leurs chiens à un poteau cinq cent mètres plus haut comme cela arrive fréquemment.

Ceux qui ont pris leurs chiens à rebrousse poils

En fait, la catégorie qui nous intéresse le plus, en tant qu’éducateurs canins, est celle de ceux qui sont dépassé par les événements. C’est celle pour laquelle nous pouvons faire quelque chose, parce qu’ils apprécient encore leurs chiens et qu’ils cherchent des solutions pour les garder plutôt que de s’en séparer.

Nous constatons en les écoutant qu’il ne suffit pas toujours « d’aimer » les animaux pour que cela se passe bien. Le plus grand reproche qu’on puisse leur faire est celui de n’avoir fait que peu d’efforts pour trouver des solutions à leurs problèmes avant de franchir les portes de Gennevilliers.

Il y’a ceux qui n’ont toujours pas réussi à faire comprendre à leur cabot que leur demeure n’est pas un sanichien*. « Des fois on le promène plus d’une heure sans qu’il lève la patte. A peine rentré, il fait ses besoins sur le tapis du salon  » Ils font le bonheur des collectivités locales puisque leurs braves toutous s’évertuent à ne jamais faire leurs besoins en dehors de leurs appartements.

Il y’a ceux dont la maison est devenu est un air d’ébat pour chiens.  « Chez nous, il n’y a plus un objet à moins d’un mètre cinquante du sol, tout est installé en hauteur » Une sorte de no man’s land ou le toutou adoré a refait à sa façon la décoration. La plus petite absence du propriétaire déclenche chez lui une irrépressible envie d’écharper la moquette, de broyer les objets familiers, de customiser les canapés, de refaire les installations téléphoniques ou de manger la tapisserie.

Il y’a ceux dont le compagnon fait tout le temps son « one man chow chow ». Leur chien est devenu une diva qui n’hésite pas à s’exprimer à la moindre occasion.  « Il aboie pour tout et n’importe quoi ! » Des chiens souvent très malins qui ont compris qu’il n’y a rien de tel qu’un aboiement par ci ou un hurlement par là pour accélérer le mouvement.

Il y’a ceux dont le cador est devenu une espèce d’empereur tout puissant.  « La nuit je ne peux même pas me lever pour faire pipi. Installé devant la porte des cabinets, il ne veut pas me laisser passer. Il me grogne dessus.  ». Leur chien est un Titus ou un César qui a progressivement occupé les endroits stratégiques pour instaurer une dictature canine dans leurs habitations.

Il y’a ceux dont la moindre sortie avec le chien est devenu une épreuve olympique : cent mètre haies quand le chien a décidé de sauter dans le jardin de la voisine !

Lutte gréco-romaine quand le charmant fanfaron a décidé d’en découdre avec les autres chiens du quartier.  « Il ne supporte pas les autres mâles. Il déteste particulièrement le chien qui habite juste en face de chez nous »

Séance de musculation quand il faut le promener en laisse. « Il tire comme un bœuf. Il m’a fait tomber plusieurs fois »

Course de fond quand on veut le lâcher dans un bois ou dans un parc public.  « Avec lui c’est « viens ici fous le camp ». « Dès qu’on l’appelle pour rentrer, il part dans l’autre sens »

Loin de moins l’idée de jeter la pierre à tous ces propriétaires mais j’ai constaté qu’une grande part d’entre eux ont fait les choses à l’envers. Ils ont couru après leurs chiens quand il aurait fallu les encourager, se sont fâchés quand ils auraient dû les féliciter, les ont félicité quand il se devaient de ne pas s’y intéresser… Un grand nombre d’entre eux, sans le savoir, ont pris leurs chiens à rebrousse poils et s’étonnent de les voir mal se comporter.

En les écoutant, on se rend compte à quel point l’éducation canine à sa place ici. C’est à mon avis une nécessité dans la SPA d’aujourd’hui.